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RubriqueTravail
RéférencePièce n° 15
Publié le14 août 2026
Lecture7 min
Rédaction

Licenciement pour faute grave : procédure, préavis et droits

Licenciement pour faute grave : procédure, préavis et droits
Sommaire

Le licenciement pour faute grave est l’une des ruptures de contrat les plus brutales qu’un salarié puisse subir: il survient sans préavis, sans indemnité de licenciement, et entraîne des conséquences immédiates sur les droits à la sortie. Comprendre exactement ce que cela implique, et ce à quoi on a tout de même droit, est indispensable, que l’on soit salarié mis en cause ou employeur qui doit gérer la situation.

En bref: En cas de licenciement pour faute grave, le salarié ne perçoit ni indemnité de licenciement ni indemnité compensatrice de préavis. Il conserve en revanche ses congés payés acquis et peut, sous conditions, percevoir l’allocation chômage (ARE). La procédure disciplinaire, convocation, entretien, puis notification, doit être respectée à la lettre, même pour les fautes les plus graves, sous peine de voir le licenciement requalifié.

Qu’est-ce que la faute grave exactement ?

La faute grave est définie par la jurisprudence comme un manquement aux obligations découlant du contrat de travail d’une telle intensité qu’il rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même pendant la durée du préavis. Ce n’est pas simplement une « grosse erreur »: il faut que le comportement rende insupportable, objectivement, la poursuite de toute relation de travail.

Des exemples classiques reconnus par les tribunaux incluent le vol au préjudice de l’employeur, les violences physiques sur un collègue ou un client, les absences injustifiées répétées malgré mises en demeure, la divulgation de secrets professionnels, ou encore le harcèlement. Mais la qualification dépend toujours du contexte: un même acte peut constituer une faute grave dans une petite structure et une faute simple dans une grande entreprise avec un règlement intérieur différent. Le juge tranche au cas par cas.

Il faut distinguer la faute grave de la faute lourde, qui suppose, elle, une intention de nuire à l’employeur. Elle permet en plus à l’employeur de demander au juge des dommages-intérêts pour le préjudice subi, mais, comme la faute grave, elle ne prive plus le salarié de son indemnité compensatrice de congés payés. La faute simple, moins sévère, ouvre droit au préavis et à l’indemnité de licenciement.

Quelle procédure respecter avant le licenciement ?

Même en cas de faute grave, l’employeur ne peut pas licencier du jour au lendemain sans respecter la procédure disciplinaire. Celle-ci est identique pour tous les niveaux de faute et comporte plusieurs étapes non négociables.

La première étape est la convocation à un entretien préalable, obligatoirement notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Cette convocation doit préciser l’objet de l’entretien, sa date, son lieu et l’heure, ainsi que la possibilité pour le salarié de se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise (ou, en l’absence de représentants du personnel, par un conseiller extérieur inscrit sur une liste préfectorale).

L’entretien a lieu au minimum cinq jours ouvrables après la remise de la convocation. C’est à ce moment que l’employeur expose les griefs et que le salarié peut s’expliquer. À l’issue de cet entretien, l’employeur dispose d’un délai pour notifier sa décision: la lettre de licenciement ne peut pas être envoyée avant un délai minimum de deux jours ouvrables suivant l’entretien, et ne peut pas dépasser un mois après la date de l’entretien préalable. Ce délai d’un mois est impératif: une sanction notifiée au-delà ne peut plus être prononcée pour ces faits, et le licenciement peut être jugé sans cause réelle et sérieuse.

La mise à pied conservatoire: utile mais conditionnée

Lorsque la faute est suffisamment grave pour justifier une séparation immédiate, l’employeur peut prononcer une mise à pied conservatoire dès la convocation à l’entretien préalable. Cette mesure écarte provisoirement le salarié de l’entreprise pendant la durée de la procédure, sans que cela constitue déjà une sanction.

La mise à pied conservatoire n’est pas rémunérée, mais seulement si le licenciement pour faute grave est effectivement prononcé à l’issue de la procédure. Si l’employeur renonce au licenciement ou opte finalement pour une sanction moindre, la période de mise à pied doit être intégralement payée. La lettre de licenciement doit d’ailleurs préciser les dates exactes de la mise à pied si elle a été prononcée, afin de délimiter la période non rémunérée.

Attention à ne pas confondre mise à pied conservatoire et mise à pied disciplinaire: la première est une mesure d’attente dans le cadre d’une procédure en cours, la seconde est une sanction en elle-même. On ne peut pas prononcer les deux pour les mêmes faits.

Préavis et indemnité: ce que la faute grave supprime

C’est là que les conséquences financières deviennent concrètes. En cas de faute grave, le salarié n’effectue aucun préavis et ne perçoit aucune indemnité compensatrice de préavis. Le licenciement prend effet immédiatement à la date de première présentation de la lettre recommandée de licenciement. La lettre doit d’ailleurs mentionner explicitement que le maintien pendant le préavis est impossible compte tenu de la gravité des faits.

De même, l’article L1234-9 du Code du travail prévoit que l’indemnité légale de licenciement est réservée aux salariés qui ne sont pas licenciés pour faute grave. Pour rappel, cette indemnité est normalement accessible dès 8 mois d’ancienneté ininterrompue dans l’entreprise, mais la faute grave fait tomber ce droit.

Si l’employeur dispense un salarié de préavis dans le cadre d’un licenciement pour faute simple, il continue à lui verser le salaire correspondant jusqu’au terme du préavis. Cette option n’existe pas pour la faute grave: il n’y a ni préavis à exécuter, ni salaire à verser à ce titre.

Quels droits restent acquis malgré la faute grave ?

Contrairement à une idée répandue, la faute grave ne prive pas le salarié de tout. Plusieurs droits subsistent et doivent être impérativement respectés par l’employeur.

Le salarié conserve ses congés payés acquis et non pris. L’employeur doit verser une indemnité compensatrice de congés payés calculée sur les droits acquis à la date du licenciement. Cette règle vaut aussi pour la faute lourde : l’indemnité compensatrice de congés payés est due quel que soit le motif du licenciement.

À la sortie, l’employeur remet obligatoirement trois documents: le certificat de travail, le reçu pour solde de tout compte, et l’attestation France Travail (anciennement attestation Pôle Emploi). Ce dernier document est indispensable pour ouvrir des droits au chômage.

Sur ce point, le licenciement pour faute grave ouvre bien droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), contrairement à la démission. Le salarié licencié pour faute grave est considéré comme involontairement privé d’emploi et peut s’inscrire à France Travail pour percevoir l’ARE, sous réserve de remplir les conditions de durée de travail antérieure, détaillées dans notre article faute grave et chômage.

Peut-on contester un licenciement pour faute grave ?

Oui, et c’est fréquent. Le salarié dispose d’un délai de 12 mois à compter de la notification du licenciement pour saisir le conseil de prud’hommes et contester soit la réalité des faits, soit leur qualification en faute grave.

Si le conseil de prud’hommes considère que les faits ne justifiaient pas une faute grave mais seulement une faute simple, le licenciement reste valable mais le salarié obtient le versement rétroactif du préavis et de l’indemnité de licenciement. Si les juges estiment que le licenciement est sans cause réelle et sérieuse, les indemnités accordées peuvent aller plus loin, selon un barème dit « barème Macron » tenant compte de l’ancienneté et de l’effectif de l’entreprise.

La charge de la preuve pèse sur l’employeur: c’est à lui de démontrer que les faits sont avérés, matériellement vérifiables, et que leur gravité rend effectivement impossible le maintien dans l’entreprise. Un vice de procédure, convocation irrégulière, délai non respecté, lettre trop vague sur les motifs, peut entraîner une indemnité pour irrégularité de procédure, sans nécessairement invalider le licenciement au fond, mais c’est un risque réel pour l’employeur.

Pour évaluer rapidement l’ordre de grandeur des sommes potentiellement en jeu selon votre ancienneté, vous pouvez utiliser un simulateur d’indemnité de licenciement et de rupture conventionnelle pour comparer les différents scénarios.

Questions fréquentes

Le salarié en période d’essai peut-il être licencié pour faute grave ?

Oui. La procédure disciplinaire s’applique en période d’essai comme en dehors. L’employeur doit convoquer à un entretien préalable avant de notifier le licenciement pour faute grave, même si la rupture de la période d’essai est en principe libre.

La mise à pied conservatoire est-elle obligatoire avant un licenciement pour faute grave ?

Non, elle est facultative. L’employeur peut engager la procédure de licenciement pour faute grave sans prononcer de mise à pied conservatoire, notamment lorsque les faits ne rendent pas le maintien du salarié dans l’entreprise immédiatement dangereux ou problématique.

Que se passe-t-il si l’employeur ne respecte pas le délai d’un mois pour envoyer la lettre de licenciement ?

Si la lettre de licenciement est notifiée après le délai d’un mois suivant l’entretien préalable, l’employeur ne peut plus sanctionner ces faits : le salarié peut saisir le conseil de prud’hommes, qui peut juger le licenciement sans cause réelle et sérieuse et lui accorder les indemnités correspondantes, dont le préavis et l’indemnité de licenciement.

Un salarié licencié pour faute grave peut-il refuser de signer le reçu pour solde de tout compte ?

Oui. La signature du reçu pour solde de tout compte est libre. S’il est signé, le salarié dispose d’un délai de six mois pour le contester. Sans signature, les créances restent contestables pendant les délais de prescription de droit commun applicables à chaque type de créance.

Sources

Sources consultées le 16 octobre 2026.

Vérifié à cette date. Les règles évoluent : reportez-vous à la source officielle avant toute démarche.

  1. Licenciement pour faute simple, grave ou lourde : quelles conséquences pour le salarié ?, www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1137
  2. www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000006177860/
  3. code.travail.gouv.fr/fiche-service-public/comment-calculer-lanciennete-pour-le-montant-de-lindemnite-de-licenciement
  4. code.travail.gouv.fr/fiche-service-public/licenciement-pour-faute-simple-grave-ou-lourde-quelles-consequences-pour-le-salarie

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